J'ai eu bien du mal à trouver un titre ne faisant pas allusion au divin marquis pour pouvoir parler de Raphael SAADIQ (ami en arabe), un des excellents représentants du retour du R&B à des valeurs musicales à l'ancienne : moins voire pas de machines, un son analogique qui fait plaisir aux oreilles, on se croirait revenu à Detroit à la grande époque où Motown trustait les premières places. Un son Detroit (Motown) plus que Memphis (Stax), lissé, pop avec des violons quand il en faut. Une voix très soul, on est loin du registre des blues shouters. Et puis ce garçon écrit des chansons mélodiques qui n'oublient jamais le swing et a un look qui nous change des standards gangsta (on est très proche de Malcolm X sur celle-ci et je pense que c'est voulu).
Il est interviewé par Olivier Cachin, référence pour la musique populaire afro-américaine, dans le numéro de Rock & Folk d'avril 2011 : on y parle de Muddy Waters, de Rolling Stones, de Dylan et de Stevie Wonder, on reste clairement dans le vintage et çà fait plaisir aux vieux comme moi. Le nouvel album, "Stone Rollin" est écoutable en streaming ici, grâce à l'excellente radio publique américaine NPR, qui nous fournit aussi le concert d'un peu plus d'une demi-heure que je mets en ligne ainsi que les 3 morceaux acoustiques du Tiny Desk Concert.
Hier, mon cordonnier a catégoriquement refusé de ressemeler mes vieilles chaussures marrons sous le fallacieux prétexte qu'elles étaient pourries. Des chaussures d'à peine 5 ans que je venais de cirer avant de les emmener se refaire une beauté. Old Brown Shoe est une des chansons des 4 Liverpuldiens qu'il m'est arrivé d'écouter en boucle à certaines périodes. Chanson courte, énergique, simple, pop, correspondant tout à fait à la définition de la power-pop que joueront un peu plus tard Badfinger ou Big Star. Elle a le son des Beatles entre l'album blanc et Abbey Road, avec un gros son de basse, très peu de guitare alors qu'elle est écrite et chantée par le guitariste solo du groupe et une batterie encore plus épurée que d'habitude (je me demande si çà n'est pas Macca qui joue). Un discret piano bastringue derrière tout çà et le voix de George doublée me semble-t-il par John (ou par John+Paul ?). Un morceau presque punk tellement il parait simple. George entrait vraiment à l'époque dans la cour des grands. Mon cordonnier aurait pu faire un effort...
Il est Australien, il se prénomme Angus, il joue de la guitare... Je découvre Angus Stone et sa soeur Julia grâce à la White Session rediffusée il y a quelques jours par Bernard Lenoir. "Folk classieux" d'après le-dit Bernie, la définition me semble tout à fait pertinente et adaptée. Je ne connais pour l'instant que la White Session (la version vinyle du dernier album est en attente de réassort sur Amazon et je l'attends avec impatience). Agréable, mélodique, émouvant, à se passer entre deux disques d'AC/DC.
Le Père Noël dans sa grande sagesse m'a entre autre amené le magnifique ouvrage broché sorti chez Plon intitulé "Dictionnaire Amoureux Du Rock" d'Antoine de Caunes. Cet homme n'est pas simplement celui qui a incarné les hilarants Gérard Langue-de-Pute et autres Didier l'Embrouille sur Canal+, il est surtout l'inventeur de Chorus, géniale émission qui entrecoupait nos mornes dimanches de giclées de rock télévisé en 1979 et 1980, à une époque où Guy Lux et Danièle Gilbert régnaient encore en maitres sur les "variétés". Chorus n'était pas la première émission de rock à la télévision française, mais j'étais trop petit au moment de Pop2 et minuscule au moment de "Bouton Rouge". Le regretté Freddy Hausser, futur réalisateur régulier du JT de France 2, avait fait une émission excellente aussi, intitulée Juke-Box et qui avait précédé Chorus (je me souviens en particulier de l'émission sur le 2ème festival punk de Mont-de-Marsan en 77 et d'un très bon portrait d'Higelin). Mais Chorus ne passait pas à 23 heures, était hebdomadaire, et avait trouvé après quelques tâtonnements (présentation de l'émission par Shitty ex-Au Bonheur des Dames et futur membre de l'équipe de la Nouvelle Star, puis par Patrice Blanc-Francard qui bossait à France-Inter et Rock & Folk, futur PDG de Disney Channel France) le duo de présentateurs idéal avec Antoine de Caunes, le jeune producteur de l'émission, et Jacky Jacubowitz, attaché de presse chez Phonogram, clown muet s'agitant désespérément derrière un de Caunes plus ou moins impassible. L'émission passait des concerts enregistrés pour l'occasion, au Théatre de l'Empire, entre deux émissions de Jacques Martin. Je me rappelle être allé à l'un de ces enregistrements à l'Empire, un mois de décembre, pour une affiche réunissant Bijou, Little Bob Story et Starshooter. Grand moment, même si tous ces concerts étaient trop courts. De Caunes nous a donc permis à cette époque où l'on avait le choix entre trois chaines de voir Dr Feelgood, Higelin, XTC, Jonathan Richman, Elvis Costello, les Cure, Magma, les Ramones, Dire Straits (bien avant les stades), Jam, le Clash, Kevin Coyne et ... énormément d'autres.
Tout çà pour dire que ce garçon partait déjà avec un a priori favorable. Et puis là, il nous fait un dictionnaire AMOUREUX, c'est à dire subjectif, de mauvaise foi, oublieux de données sensées être fondamentales, anti-scientifique, tout ce que je demande aux musiques que j'aime. Evidemment, j'ai aussi besoin de dates, de lieux d'enregistrement, de discographies complètes, de biographies exactes qui participent également à l'amour de la chose rock (ou pop ou toutes des sortes de choses), mais que serait la fan-itude (merci Ségo) sans subjectivité ? C'est aussi cette subjectivité qui nous permet d'apprécier des choses parfois totalement rock'n'rollesquement incorrectes, de la B.O. caraméloïde de "Lâche-moi les Baskets" aux Osmonds Brothers. Je n'ai fait que commencer ma lecture, mais c'est le genre de bouquin que l'on peut déguster par petits morceaux, en prenant son temps.
Le Costello nouveau est arrivé ! Declan McManus n'en finit pas de sortir des albums depuis plus de 30 ans. A 57 ans, celui qui se fit appeler Elvis Costello reste extrêmement prolifique. Je dois dire que je ne sais plus à quel numéro nous sommes avec "National Ransom". Je reste néanmoins fidèle à celui que j'ai longtemps pris pour les 4 Beatles à lui tout seul et dont la discographie officielle et non officielle occupe une bonne longueur d'étagère à la maison. Bon, il faut bien le dire, l'excitation n'est plus la même qu'à la sortie de Trust, d'Imperial Bedroom ou de Blood & Chocolate. Je n'écoute plus "le nouveau Costello" en boucle pendant des semaines comme à l'époque de sa minceur. Mais il est rare qu'il n'y ait pas quelques petits chefs-d'œuvre pop disséminés dans chaque album, avec une mélodie donnant des frissons et l'impression de tenir là un tube (que l'artiste en question n'a que rarement obtenu). Et ce nouveau cru est tout à fait sympa, avec des choses très agréables à écouter, une variété de styles qu'il est un des rares à se permettre, et évidemment quelques longueurs tout à fait pardonnables. L'album est écoutable (extraits trop courts) ici et un concert en studio récent est écoutable (bonne qualité sonore, interview du maitre) ici.
Est-ce le fait d'avoir trouvé des Converse pas cher ou suis-je retombé en adolescence ? Toujours est-il que je suis tombé récemment chez Boulinier sur l'album de la B.O. d'un film pour ados, ancêtre d'American Pie et consorts, apparu sur les écrans français en 1977, "Lâche-moi les baskets". Je l'avais vu à l'époque, on était il faut bien le dire assez loin de Godard et de Philippe Garrel, plutôt dans l'humour potache qui tache. Aucun souvenir de la BO, le vinyle était à un euro... Soyons fous, j'ai acheté. Je savais à l'avance que je partais pour un voyage dans la teenie-boperie sucrée, et je ne me trompais pas. Il s'agit d'un album typique de variétés à tendance pop de ces années là, on penserait volontiers aux frères Alessi, parfois un peu aux Carpenters, voire aux Osmonds. On entend un medley rigolo de reprises de chansons de Tommy, une version lente de Baby Love des Supremes, des chansons originales parfois pas mal. Le disque est signe Cooton LLoyd & Christian, dont je n'avais jamais entendu parler, mais sur lesquels tout est dit ici. Trop de sucreries gâte les dents, mais çà fait parfois du bien d'écouter de la variété dégoulinante.
J'ai découvert ce CD de Love Tool dans une trocante il y a quelques mois, très peu de traces sur internet de ce groupe de rock indépendant français (ou franco-anglo-saxon vu les noms de certains membres). Il semble que le guitariste ait joué avec Laurent Voulzy plus tard, ce qui ne s'entend pas ici de manière évidente. Le CD date de 1993. Le son est on ne peut plus garage (ou plutôt "living-room" au vu des notes de pochette) , certaines chansons sont à mon avis excellentes, "Palm Springs Motel" me rappelle Dramarama, groupe américain méconnu , "L'amour ces jours ci" a un côté new wave française du début des 80's. Presque tout l'album a une très bonne tenue.
Aujourd'hui, j'en vois trois exemplaires à vendre sur Price Minister entre 3 et 4 Euros. Çà ne semble pas partir comme des petits pains...